Lettre pastorale de notre évêque - octobre 2020

ÉVÊCHÉ
DIOCÈSE DE BATHURST

BUREAU DE L'ÉVÊQUE

« Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?»    (Lc 18,8)   (Réflexions sur notre vie paroissiale)
 
             Nous venons tous de vivre des moments un peu surréels. Pendant plus de trois mois, le monde entier a pratiquement été paralysé à cause de la propagation d’un virus dont on cherche encore désespérément un vaccin.  Cet événement dramatique nous a rappelé, bien malgré nous, toute notre fragilité et nos limites comme être humain mais aussi comme société et comme Église. Le progrès et la science ne sont donc pas tout puissants.
 
            L’Église étant une Mère, elle n’abandonne jamais ses enfants, surtout dans les moments difficiles où ils ont encore plus besoin d’elle. Voilà pourquoi dans notre diocèse, durant cette période de confinement, nous avons décidé de garder nos secrétariats ouverts afin de continuer de répondre à vos besoins. Nos églises étant fermées et les visites étant prohibées, nous avons dû être créatifs et faire appel à la technologie actuelle pour vous rejoindre : le bon vieux téléphone, la radio ou l’internet (avec différents messages, capsules ou chants sur Facebook, Zoom et YouTube, des messes radiodiffusées ou en streaming, etc.).
 
Malgré toutes ces initiatives, bonnes en soi, nous avons ressenti de part et d’autre un certain vide, un manque, une insatisfaction profonde. Une réaction tout à fait saine et normale! Étant des êtres de relations créés à l’image de Dieu, un Dieu d’amour, un Dieu Trinitaire, nous avons besoin de chaleur humaine et de la présence « in vivo » de parents, de voisins et d’amis. En tant que baptisés, membres du Corps du Christ, nous avons perçu encore plus la nécessité pour nous chrétiens de se rassembler le dimanche pour célébrer notre foi et communier au Corps et au Sang du Christ. Car la présence réelle du Christ à l’Eucharistie appelle la nôtre afin de le recevoir et d’en être transformés. Le Christ ne nous a-t-il pas dit : « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle; et moi je le ressusciterai au dernier jour! » (Jn 6,53-54)
 
En ces jours de confinement, nous avons ainsi mieux saisi l’origine du terme « Église » (du latin  ecclesia ou du grec ekklêsia) qui signifie « assemblée ». Souvent, à la vue du mot « Église », on pense spontanément à l’institution, au pape, aux bâtisses, en oubliant que son sens premier est bel et bien « assemblée », « rassemblement » de nos frères et sœurs dans la foi pour faire corps avec le Christ. Rien de surprenant alors d’avoir vécu un manque en ayant été confinés!
 
            Les premiers chrétiens l’avaient bien compris. En l’an 304, l’empereur Dioclétien avait interdit aux chrétiens sous peine de mort de posséder les Écritures Saintes, de se réunir le dimanche pour célébrer l’Eucharistie et de construire des lieux de culte. A Abitène, actuellement un petit village tunisien, 49 chrétiens furent surpris un dimanche à célébrer l’Eucharistie dans une maison, défiant ainsi les interdits impériaux. Ils furent arrêtés puis interrogés par le Proconsul qui voulait savoir pourquoi ils avaient transgressé l’ordre de l’empereur. Ils lui répondirent bien simplement: « Sine dominico non possumus » « Sans nous réunir en assemblée le dimanche pour célébrer l’Eucharistie, nous ne pouvons pas vivre. Car nous manquerions de forces pour affronter les difficultés quotidiennes et ne pas succomber. » Torturés atrocement, ces 49 martyrs d’Abitène furent tous tués, confirmant ainsi leur foi par l’effusion du sang. D’où l’importance pour nous aujourd’hui, comme pour ces premiers chrétiens, de se rassembler les dimanches pour célébrer le Seigneur.
Cette période de confinement et la reprise de nos célébrations ont mis en évidence certaines de nos pauvretés, pauvretés non seulement financières mais surtout en bénévoles et en fidèles.  Devant les besoins criants des aînés, des personnes seules ou en détresse spirituelle, nous nous sommes retrouvés bien démunis, ne disposant pas souvent des ressources nécessaires pour les assister humainement et pastoralement. Lors de la reprise de nos activités, plusieurs communautés ont peiné et peinent encore à trouver des bénévoles de moins de 70 ans pour mettre en place toutes les exigences sanitaires. Nous pouvons alors légitimement nous poser les questions suivantes : Sans nos fidèles et nos bénévoles de 70 ans et plus, quel serait le portrait de nos paroisses? De nos assemblées? De notre pastorale? Sans la présence de ces personnes au sein de nos communautés, quel est l’avenir? Comment également devenir une Église missionnaire sans  rejoindre et sans compter sur les jeunes générations?

            Ce temps de pandémie a mis en lumière un autre élément préoccupant. Plusieurs prêtres ont été déstabilisés devant l’impossibilité de célébrer des funérailles et les messes dominicales. Ils ont alors réalisé que pratiquement tout leur temps de ministère était monopolisé par ces célébrations. Mais le ministère du prêtre est beaucoup plus large, il ne se résume pas uniquement à cela. Cette prise de conscience nous a fait réaliser que depuis un certain temps, certaines pastorales paroissiales (dont celle auprès des malades, des personnes en détresse spirituelle, des chercheurs de Dieu, des pauvres, des jeunes, etc.) sont en souffrance faute de temps de la part des prêtres accaparés par la célébration des sacrements et faute de bénévoles aussi.

La parabole du Semeur
            Nous avons réentendu cet été, lors d’une de nos Eucharisties dominicales, cette belle parabole du Semeur, une parabole qui peut judicieusement guider notre réflexion. Constatant que les jeunes générations sont quasiment absentes de nos célébrations, peu présentes parmi nos bénévoles ou ne répondant pratiquement plus à l’appel à devenir prêtre ou à la vie de consacrée, je me suis alors demandé si le manque de fruits était le fait de la qualité de la terre destinée à être semée (c’est-à-dire le cœur, la vie des personnes qui sont souvent les enfants et les petits-enfants de nos plus fervents paroissiens) ou le fait que la Parole de Dieu n’est plus semée, offerte à cette terre?

Bien sûr, il y a dans notre société de la terre qui est très dure, une terre qui non seulement refuse toute Parole de Dieu mais qui la persécute, la dénigre ou qui veut en empêcher la proclamation. Mais il y a aussi autour de nous des terres peu profondes, des personnes qui avaient entendu et accepté la Parole de Dieu qui fait vivre mais qui peinent à trouver soutien et accompagnement. Il y a également des terres pleines de ronces que sont les soucis de notre monde, les richesses matérielles et technologiques ainsi qu’une multitude d’autres séductions étouffant toute réception durable de la Parole en elles. De telles terres espèrent notre présence pour être fortifiées, désherbées et fertilisées par nos soins. Sommes-nous présents?

 Par bonheur, il y a aussi beaucoup de bonnes terres qui n’attendent qu’à entendre la Parole de Dieu pour produire beaucoup de fruits, des terres en questionnement et en recherche de divin mais aussi des terres souffrantes et blessées par la vie (détresse spirituelle, perte du sens de l’existence, solitude, blessures dans leur corps ou dans leur âme, échec, déception, dépression etc.). Comment entrer en contact aujourd’hui avec cette bonne terre pour y semer la Bonne Nouvelle? Ainsi le peu de foi que l’on observe dans notre société, est-ce bien la faute à la qualité de la terre ou à l’absence de semeurs?

Christian Bobin, cet écrivain-poète français, a un jour écrit ceci: « J'ai enlevé beaucoup de choses inutiles de ma vie et Dieu s'est approché pour voir ce qui se passait. » (Ressusciter, p. 49)
 
Voilà une citation qui devrait nous interpeler! Nous devrions sans doute nous aussi faire un tel ménage dans notre vie ecclésiale pour redécouvrir le Seigneur, redonner à Dieu et à la proclamation de notre foi la place centrale qui leur reviennent afin que le Christ apparaisse clairement sur le visage de l’Église que nous sommes. Devant l’absence ou la disparition lente mais constante de la foi, que faisons-nous? Sommes-nous des semeurs dans nos familles, dans nos milieux? Devant tant de questionnements, de souffrances et de pauvretés, est-ce que nous osons leur présenter le Christ en paroles et en actions? Sommes-nous encore capables de leur offrir la Vérité qu’ils recherchent? Sommes-nous ensuite présents pour les guider dans leur cheminement, pour désherber au besoin leur terre et nourrir une foi naissante?
 
Un changement s’impose donc. Nous pouvons profiter de cette épreuve pour nous ressaisir et revoir certaines de nos pratiques ecclésiales. Il faut cesser de nous disperser et d’être souvent superficiels. Il est vraiment temps d’aller à l’essentiel et de laisser tomber tout ce qui nous éloigne de la mission fondamentale que le Christ nous a confiée.
 
« Allez! De toutes les nations faites des disciples. Baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit et apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt, 28,19-20)
 
Voilà ce que le Christ a confié à ses apôtres et à nous tous aujourd’hui. Il nous faut donc redevenir missionnaires et évangéliser ceux et celles qui nous entourent, en particulier les jeunes générations.  Nous en parlons souvent mais il faut agir maintenant. Il nous faut proclamer clairement notre foi, tout spécialement le kérygme: Dieu existe, il nous a envoyé son Fils parmi nous qui est devenu notre frère et notre sauveur.  Nous ne sommes donc plus jamais seuls car Il est toujours avec nous et nous comble de son amour. Il est mort sur une croix par amour pour nous et il est bien ressuscité pour que nous puissions nous aussi avoir accès à la vie éternelle. Voilà le fondement de notre espérance chrétienne qui nous fait vivre et qui nous rend heureux. Cette espérance, nous ne devons pas la garder seulement pour nous. Elle est destinée à être partagée.

Lors d’une audience générale en 1986, saint Jean-Paul II disait : « Selon le Concile, l’Église est toujours plus consciente de sa mission et de son devoir et, disons mieux, de sa vocation essentielle d’annoncer au monde l’authentique salut qui se trouve uniquement en Jésus-Christ, Dieu et homme » (cf. Ad Gentes1 1-3)(22/10/1986)
 
À ce propos, dans son Exhortation apostolique post-synodale « Christus vivit », le pape François ajoutait qu’il existe trois vérités que nous avons tous besoin d’entendre, en particulier les jeunes : « Dieu t’aime. N’en doute jamais, quoiqu’il arrive dans ta vie. Tu es aimé infiniment, en toutes circonstances. Le Christ est ton compagnon de route, il est ton sauveur. Et le Christ est vivant pour être pour toi source de vie éternelle grâce à l’Esprit Saint. » (Ex Apost. Christus vivit ch 4)

Se recentrer sur la mission que le Christ nous a confiée en remettant Dieu et la proclamation de notre  foi au centre de notre activité pastorale nécessitera de l’audace de notre part pour aller de l’avant et un discernement nécessaire concernant  nos tâches actuelles. Nous serons appelés à mettre nos énergies (paroles et actions) pour être encore plus présents dans le monde d’aujourd’hui comme chrétiens, avec nos valeurs et notre identité propre (comme prêtres, religieux, religieuses, consacrés ou laïcs). Sinon, nous serons alors comme ce propriétaire qui arrose soigneusement les fleurs de son jardin sans voir que, derrière lui, sa maison brûle!   

Cette réalité à laquelle nous devons faire face maintenant, nous en sommes un peu responsables. Combien de fois avons-nous réduit le temps et les exigences de la catéchèse aux jeunes qui se présentaient à nous de peur d’heurter certains parents? Administrer des sacrements à des personnes sans même se poser la question à savoir si elles avaient moindrement la foi, ce qui nous aurait sans doute permis de cheminer éventuellement avec elles? Trop longtemps, nous avons aussi négligé ou omis de proclamer clairement en paroles et en actions notre foi, là où nous aurions pu le faire. Combien grande est souvent la tentation de participer à des activités de la société dite laïque en dissimulant notre identité chrétienne ou en taisant les valeurs évangéliques qui nous motivent de peur d’être rejetés, calomniés ou dénigrés? Que d’hésitations ou de gêne à partager ce qui est pourtant à la source de notre bonheur!

On peut se demander comment se comporterait saint Paul s’il vivait dans notre monde d’aujourd’hui, lui qui donnait ce conseil aux chrétiens de son époque : 
« N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur, et n’aie pas honte de moi, qui suis son prisonnier; mais, avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile… Tiens-toi au modèle donné par les paroles solides que tu m’as entendu prononcer dans la foi et dans l’amour qui est dans le Christ Jésus. Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous. » (2Tm 1 8,13-14) « Annoncer l’Évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! » (1 Cor 9,16)  

Pour sa part, le pape François a affirmé dans son encyclique « Evangelii Gaudium »«L’intimité de l’Église avec Jésus est une intimité itinérante, et la communion « se présente essentiellement comme communion missionnaire ». Fidèle au modèle du maître, il est vital qu’aujourd’hui l’Église sorte pour annoncer l’Évangile à tous, en tous lieux, en toutes occasions, sans hésitation, sans répulsion et sans peur. La joie de l’Évangile est pour tout le peuple, personne ne peut en être exclu. C’est ainsi que l’ange l’annonce aux pasteurs de Bethléem : « Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie qui sera celle de tout le peuple » (Lc 2, 10). L’Apocalypse parle d’« une Bonne Nouvelle éternelle à annoncer à ceux qui demeurent sur la terre, à toute nation, race, langue et peuple » (Ap 14, 6) ». (no 23)

De plus, l’évangélisation est non seulement de partager ce qui est à la source de notre bonheur et de notre joie, c’est aussi en soi une source de joie!

« La joie de l’Évangile qui remplit la vie de la communauté des disciples est une joie missionnaire. Les soixante-dix disciples en font l’expérience, eux qui reviennent de la mission pleins de joie (cf. Lc 10, 17). Jésus la vit, lui qui exulte de joie dans l’Esprit Saint et loue le Père parce que sa révélation rejoint les pauvres et les plus petits (cf. Lc 10, 21). Les premiers qui se convertissent la ressentent, remplis d’admiration, en écoutant la prédication des Apôtres « chacun dans sa propre langue » (Ac 2, 6) à la Pentecôte. Cette joie est un signe que l’Évangile a été annoncé et donne du fruit. Mais elle a toujours la dynamique de l’exode et du don, du fait de sortir de soi, de marcher et de semer toujours de nouveau, toujours plus loin. Le Seigneur dit : « Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, afin que j’y prêche aussi, car c’est pour cela que je suis sorti » (Mc 1, 38). » (Evangelii Gaudium no 21)  

Pour remplir notre mission, nous avons tout ce qu’il faut. Comme l’écrivait saint Jean-Paul II dans sa Lettre Apostolique « Novo millennio ineunte », « il ne s’agit pas d’inventer un ‘nouveau programme’. Le programme existe déjà : c’est celui de toujours, tiré de l’Évangile et de la Tradition vivante. Il est centré, en dernière analyse, sur le Christ lui-même, qu’il faut reconnaître, aimer, imiter, pour vivre en lui la vie trinitaire et pour transformer avec lui l’histoire jusqu’à son achèvement dans la Jérusalem céleste. C'est un programme qui ne change pas avec la variation des temps et des cultures, même s'il tient compte du temps et de la culture pour un dialogue vrai et une communication efficace. » (no 29) 

Nous devons donc tout simplement et personnellement nous attacher davantage au Christ et à son enseignement, approfondir de plus en plus son message afin de le rendre actuel et pertinent pour le monde d’aujourd’hui. Tout en suivant le conseil de saint Paul « de ne pas prendre pour modèle le monde présent, mais de nous transformer en renouvelant notre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait » (Réf. Rm, 12, 2), nous éviterons certains pièges dont celui de devenir des militants d’une ONG de plus, de répondre en priorité à des besoins autres que notre mission première ou de devenir une Église sécularisée, mondanisée, au lieu de christianiser le monde comme nous le rappelle régulièrement le pape François.  
 
Cette dernière tentation est bien toujours là qui nous guette. Elle consiste à taire, édulcorer ou modifier l’enseignement que le Christ nous a confié en fonction des croyances et des idéologies qui ont cours afin d’être en pleine harmonie avec la société. Saint Pierre a d’ailleurs succombé à cette tentation en reprochant à Jésus de marcher vers Jérusalem pour y mourir. En effet, selon les idées en vigueur à son époque, un Messie qui allait mourir était carrément inconcevable. C’est alors que Jésus lui a rappelé que « ses pensées n’étaient pas celles de Dieu, mais celles des hommes et que si quelqu’un voulait marcher à sa suite, il devait renoncer à lui-même, prendre sa croix et le suivre. » (réf Mt 16, 23-24). Ce conseil est d’une grande actualité pour nous aujourd’hui.
 
Cette nouvelle évangélisation appelle de nouvelles attitudes de notre part et des changements dans notre manière d’évangéliser. L’Esprit Saint devra nous inspirer dans notre discernement. Car, comme l’a souvent rappelé le pape Benoît XVI, nous sommes les membres de l’Église qui n’est pas la « nôtre » mais celle du Christ. En effet, Jésus n’a pas dit à Simon : « Tu es Pierre, et sur cette pierre tu bâtiras l’Église ». Il lui a plutôt dit : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église et la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle. » (Mt, 16, 18) C’est donc Lui qui a promis de bâtir son Église et de nous accompagner jusqu’à la fin des temps. C’est Lui qui nous fortifie et nous guide. C’est Lui qui nous façonne comme pierres vivantes. Nous pouvons donc compter sur Lui et Le laisser agir dans nos vies. Car l’Église n’est pas une construction modifiable à notre guise, selon nos goûts, les idées ou les idéologies à la mode du moment. Une telle Église ne serait plus celle du Christ mais une Église bien humaine appelée à être rejetée éventuellement par une autre génération comme les cellulaires qui, aussitôt mis en vente, sont déjà périmés avec la venue annoncée de nouveaux modèles encore plus performants.    
Rappelons-nous que « l ‘Église est à la fois bien enracinée dans l’événement de la mort et la résurrection du Christ et tournée vers l’avenir en attendant le retour du Seigneur.  Elle est là pour donner un sens à la vie et à la mort. Elle est là pour permettre à chacun d’entre nous d’avoir accès à la vie éternelle. L’Église se doit d’être au service de cette espérance, essentielle à la foi chrétienne, et orienter les fidèles vers le seul Seigneur qui est notre origine aussi bien que notre avenir. » (Benoît XVI, Implications pastorales, in Conc (f) 1965 p. 54-55) Voilà notre responsabilité que personne d’autre ne peut assumer à notre place. Le Christ compte sur nous. Il nous fait entièrement confiance. Relire l’Encyclique « Evangelii Gaudium » et l’Exhortation post-synodale « Christus Vivit » du pape François ainsi que les documents conciliaires de Vatican II (dont Lumen Gentium, Ad Gentes, Nostra Aetate et Dignitatis Humanae ) nous mettrait sûrement sur de bonnes pistes.
 
 « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18,8)  
 
Cette question du Christ s’adresse bien à nous aujourd’hui. Saurons-nous, comme membres de l’Église, transmettre notre espérance chrétienne à nos contemporains, en particulier aux jeunes générations? Je pense que oui! Avec toutes nos énergies, nos paroles et nos actions, nous pouvons répondre en vérité à leurs besoins spirituels toujours grandissants et les orienter vers le seul Seigneur!
 
Que l’Esprit Saint, ce souffle de Dieu, nous aide dans notre discernement afin de devenir de bons disciples missionnaires, fidèles à la mission que le Christ nous a confiée et veillant à ce que la foi demeure toujours bien présente dans notre coin de pays qu’est l’Acadie. Nous pourrons bien sûr compter sur Marie, notre Mère et notre patronne, une femme de foi, qui saura nous guider dans cette belle aventure missionnaire.
                                       

Que le Seigneur vous bénisse et vous comble de son amour.      

 
                                                                                                                       

 +Daniel Jodoin, votre évêque
Le 19 octobre 2020