Homélie de Mgr Jodoin lors de la messe du 9 avril, 2020 (Jeudi saint)

Homélie de Monseigneur Daniel Jodoin lors de la messe du Jeudi Saint A le 9 avril, 2020
en l’église Saint-Pierre-aux-Liens de Caraquet
(Radiodiffusée sur les ondes de CKLE CJVA 94,1 fm
et en direct sur la page Facebook du Diocèse de Bathurst)

           
            La fête de Pâques arrive à grands pas et bien des choses vont nous manquer cette année….la messe bien sûr mais aussi les rencontres de famille.  Comme à Noël, les rencontres de famille à Pâques sont incontournables (surtout après de rudes hivers). Et lors de toute rencontre de famille, on partage naturellement ensemble un bon repas…des mets traditionnels de grand-maman, peut-être du jambon aux ananas, des œufs, des douceurs, du chocolat sous toutes ses formes et des desserts avec du nouveau sirop d’érable (dans ma famille, on aime bien à Pâques des crêpes ou des tartes au sucre ainsi que des grands-pères dans le sirop (pas des grands-mères, pourtant ce sont elles qui les font!!). 
 
Mais cette année, nous serons malheureusement privés de telles rencontres et de la messe de Pâques. Nous allons en souffrir mais c’est un sacrifice que nous devront faire pour respecter les directives préventives de santé afin de sauver des vies, en particulier, la vie de nos aînés, des parents ou des grands-parents qui nous sont chers. Vous savez, lorsque les jeunes m’écrivent leur lettre pour être confirmés, la grande majorité me partage que leur grand-mère et leur grand-père sont des personnes super importantes dans leur vie et des témoins de foi pour eux.
 
Oui, nos rencontres vont nous manquer car c’est important pour une famille de se rassembler autour d’une table, d’un bon repas, en particulier lors des grandes fêtes. C’est à ce moment-là que nous partageons entre nous non seulement la nourriture offerte mais toutes sortes de nouvelles. On parle alors un peu de notre vécu : ce qui s’est passé dans nos vies récemment ou non : un deuil, un accident, une souffrance, la perte d’un emploi, mais aussi la naissance du petit dernier, la fréquentation d’un nouvel ami, un mariage en vue, l’achat d’une maison, un projet de voyage, etc. Les sujets de discussion ne manquent généralement pas!  C’est tout cela qui rend riche et fructueux nos repas familiaux qui nous font vivre et qui solidifient les liens qui nous unissent.
 
Les trois lectures de ce soir font justement référence à un repas.
 
Dans le livre de l’Exode, on nous décrit le repas de la Pâque juive toujours fêtée dans les familles.  Lors de ce repas rituel, on mange un agneau, des herbes amères, du persil, des radis, du céleri, des oignons, des œufs, des amandes, du miel et du pain sans levain. Le plus jeune de la famille pose des questions au père qui lui répond  en lui racontant le récit de la libération du peuple de l’esclavage des Égyptiens. Le père de famille procède alors à la bénédiction de coupes de vin en rendant grâce à Dieu pour son amour et pour leur libération dont ils profitent toujours. Ils sont debout ceinture aux reins, sandales aux pieds et bâton à la main pour signifier qu’ils sont en pèlerinage sur cette terre, de passage, en route vers la terre promise.
 
            Dans la deuxième lecture, on retrouve le plus vieux texte biblique faisant référence au dernier repas que Jésus a mangé avec ses apôtres avant de mourir sur une croix.  Jésus tenait absolument à rassembler ses plus intimes pour vivre avec eux ce repas traditionnel de la Pâques juive, très important pour tout croyant. Mais Jésus y ajouta du nouveau. Il a rendu actuel pour ses amis, le sacrifice qu’il ferait bientôt de sa propre vie par amour pour nous, réalisant ainsi jusqu’au bout la mission que le Père lui avait confiée.  Le sang de l’agneau sacrifié à la Pâque juive serait maintenant le sien. Un sacrifice unique pour nous libérer non pas de l’esclavage mais du péché, du mal et de la mort éternelle. Le Christ nous donne, à nous  ses disciples, son Corps et son Sang et non plus seulement du pain et du vin afin que nous ayons en nous sa vie, sa vie de ressuscité… une vie éternelle en Dieu. N’avait-t-il pas déjà dit à ses disciples :  
 
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. » (Jn 6, 54-57)  
 
Comme chrétiens, nous sommes donc choyés d’être invités personnellement par le Christ à nous asseoir à sa table. Et lors de nos eucharisties, nous avons la chance de partager un peu avec Lui de notre vie : nos peines, nos souffrances, nos joies et nos succès, nos besoins et bien des demandes pour nous et nos proches.  Pour sa part, le Christ, Lui, partage sa Parole ainsi que son Corps et son Sang, sa vie même de ressuscité… preuve d’amour pour nous et source de vie éternelle.
 
            Dans l’évangile, St Jean souligne une autre nouveauté de Jésus lors de ce dernier repas.  Il a lui-même lavé les pieds de ses apôtres, geste normalement effectué par des serviteurs. Jésus voulait ainsi exprimer à ses disciples que nous devons tous être au service les uns des autres. Participer à l’Eucharistie, c’est se laisser aimer par Dieu le Père et par le Christ d’un amour qui transforme nos cœurs, qui nous incite à aimer notre prochain du même amour. Car en recevant le Corps et le Sang du Christ, nous entrons en communion avec le Christ et nous devenons petit à petit comme Lui : capables d’aimer sans limite. St Augustin disait d’ailleurs à ses fidèles : « Devenez ce que vous recevez, le Corps du Christ »… devenez comme Lui,  soyez en tenue de service pour votre prochain.    
 
 En ce Jeudi Saint un peu spécial, nous ne pouvons pas être là physiquement pour recevoir le pain et le vin devenus son Corps et son Sang mais nous pouvons communier spirituellement au Seigneur, peu importe l’endroit où nous trouvons présentement, afin de recevoir en nous sa vie de ressuscité, afin de laisser son amour divin nous transformer en serviteurs et servantes pour notre prochain. Amen