Homélie de Mgr Jodoin lors de la messe du 3 mai, 2020 (4e dimanche de Pâques)

Homélie de Mgr Daniel Jodoin lors de la messe du
4ième dimanche de Pâques A - le 3 mai, 2020
en l’église Saint-Pierre-au-Liens de Caraquet

(Radiodiffusée sur les ondes de CKLE CJVA 94,1 fm
et en direct sur la page Facebook du Diocèse de Bathurst)

 
 
            Il y a trois ans en visite Ad Limina à Rome, je me trouvais dans la Basilique St-Pierre avec un diacre d’Halifax qui me disait : « Comment se fait-il que tout le monde vienne vous voir pour vous demander toutes sortes de choses? »  Et bien, vous savez qu’à Rome, on nous reconnaît par nos vêtements. Les gens voient tout de suite si nous sommes prêtres, évêques, religieux ou religieuses de telle ou telle communauté.  Et s’ils ont besoin de quelque chose, ils viennent spontanément nous voir. Et je trouve que c’est très bien, c’est  signe qu’ils nous voient comme des personnes de service désireuses de répondre à leurs besoins avec plaisir.  
 
            Les gens nous demandent toutes sortes de choses  aussi banales que :   « Où sont les toilettes? Où est le magasin de souvenirs? Où se trouve tel ou tel monument? D’autres fois, c’est pour avoir un peu d’argent ou pour bénir leurs objets de piété, nous confier une souffrance ou célébrer avec eux le sacrement du pardon. Et tout en parlant avec le diacre, un jeune homme dans la vingtaine se présenta à nous pour me demander en espagnol : « Padre, obispo, j’ai mon grand ami en Colombie qui est atteint d’une grave maladie et qui lutte pour guérir.  Pourriez-vous le bénir et lui donner un message d’espérance! »  Je lui ai alors répondu: «  Bien sûr. Quel est son nom? »  « Jaurès! » « Alors je vais prier pour lui. » Mais là, le jeune homme m’a dit : « Non, Non, je veux que vous lui parliez personnellement. » Je lui répondis : «Je voudrais bien mais nous sommes à Rome pas en Colombie » Alors, il m’a dit : « Je vais vous filmer ici dans la basilique avec mon téléphone portable, vous lui donnerez votre message d’espérance et ensuite vous le bénirezJe lui enverrai ensuite  le vidéo dans son village en Colombie et chaque fois qu’il aura besoin de force pour lutter contre sa maladie, il pourra revoir le vidéo et sentir que le Seigneur est avec lui. » C’est ainsi que nous avons fait ce vidéo au beau milieu de la Basilique St-Pierre un dimanche après-midi.
 
            Ce jeune homme tenait absolument que je parle directement à son ami, qu’il entende ma voix mais c’était pour qu’il entende à travers la mienne la voix du Christ, notre bon Berger s’adressant à lui personnellement. Ce jeune homme a eu bien raison d’insister pour faire ce vidéo car nous sommes des êtres de chair et nous percevons la réalité avec nos sens. À travers ma voix, son ami malade reconnaissait bien celle du Christ près de lui et avec lui pour lutter contre son mal. Car le Christ est ce bon berger qui nous soigne et nous guérit,  qui nous rassemble et nous guide, qui nous protège et nous défend. Il nous l’a rappelé lui-même dans l’Évangile de ce matin : « Les brebis écoutent la voix de leur pasteur, le berger de ses brebis.  Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom et elles le suivent car elles connaissent sa voix. »
 
            Je n’ai jamais oublié ce jeune colombien et son ami Jaurès.  Ce sont des moments comme ceux-là pour lesquels j’ai dit oui au Seigneur lorsqu’il m’a appelé à devenir prêtre et maintenant évêque au service de son Église.
 
            Aujourd’hui, nous célébrons le dimanche de prières pour les vocations, la vocation à devenir prêtre, diacre, religieux, religieuse, moine, moniale, laïc consacré.
 
            Dès le début de son ministère public, Jésus a senti l’importance et le besoin de s’entourer d’apôtres afin de partager son intimité avec eux, de les aimer profondément et de les former.  Car ils seraient appelés à devenir à leur tour des bergers pour son peuple. Maintenant qu’Il est auprès de son Père, le Christ continue de nous rejoindre par des témoins, par sa Parole toujours proclamée, par les sacrements et par tous ceux et celles qui exercent des ministères en Église. Le Seigneur continue inlassablement d’appeler, de toucher le cœur des petits comme des plus grands pour qu’ils acceptent de donner leur vie au service de son Peuple. Il n’y a pas d’âge.  
 
            Personnellement, j’avais 5 ans lorsque, dans le jardin de ma grand-mère, mon oncle jésuite me demanda ce que je voulais devenir plus tard et j’avais dit « prêtre ». Cet appel était là bien présent…difficilement explicable mais il était bien là. Un appel qui a grandi par la suite au sein de ma famille pratiquante, avec une grand-mère qui m’amenait avec elle à l’église, qui m’enseignait des prières sur ses genoux. J’étais aussi entouré  d’oncles, de  tantes, religieux et religieuses, (franciscain, jésuite, une sœur grise de Nicolet, de St-Joseph de St-Hyacinthe et de la Présentation de Marie) puis des Pères et des frères du Verbe Divin et des pères Jésuites qui ont été parmi mes professeurs. Toutes des personnes heureuses d’avoir donné leur vie au Seigneur. Et à mon tour, j’ai dit oui à l’appel de Dieu et je me retrouve maintenant à servir au milieu de vous.
 
            D’autres comme moi, on aussi dit oui un jour à Dieu. L’Acadie est riche de ces hommes et de ces femmes qui ont été  nombreux à se donner corps et âme au Seigneur comme prêtres, religieux, religieuses, missionnaires avec leurs différents charismes. Vous en comptez sûrement dans chacune de vos familles. Il y en avait dans toutes les paroisses. Et vous rendiez grâce à Dieu pour leur présence. Nous avons maintenant la chance d’avoir avec nous de jeunes prêtres et des religieuses, missionnaires provenant d’Afrique mais aussi des laïcs consacrés du Brésil qui ont aussi dit oui à Dieu pour être au service de son Église et actuellement de nos paroisses. Nous avons même un jeune séminariste pour notre diocèse, Mano. Venant de Tahiti qui, ayant vécu une année dans la paroisse St-Pierre des Îles de Lamèque, il s’est senti appelé à poursuive sa vocation avec nous.  
 
            Je suis sûr qu’aujourd’hui même, le Seigneur continue d’appeler dans nos paroisses, dans nos familles, des jeunes d’ici à donner leur vie pour le Seigneur et à se mettre au service de son Église. Il faut persévérer dans la prière et soutenir ces jeunes qui ressentent l’appel de Dieu dans leur cœur. Car c’est à travers eux que le Seigneur nous appellera par notre nom pour être en communion avec Lui, notre Bon berger, la porte des brebis,  cette porte qui nous conduira à la liberté et nous donnera la vie, la vie en abondance.  Continuons de prier pour les vocations, car nous en avons tous besoin. AMEN