Homélie de Mgr Jodoin lors de la messe du 29 mars, 2020 (5e Dimanche du Carême, Année A)

Homélie de Monseigneur Daniel Jodoin lors de la messe du 29 mars 2020, 5ième Dimanche du Carême année A, en l’église Saint-Pierre-aux-Liens de Caraquet
(Qui a été iffusée sur les ondes de CKLE CJVA)
 
Que c’est réconfortant d’entendre les textes de la Parole de Dieu d’aujourd’hui.  Nous en avons bien besoin en ce temps de confinement où l’on entend parler que de maladie, de virus, de peur et de mort.  
 
J’aime beaucoup cette page d’Évangile de ce matin et ce, pour plusieurs raisons.  D’abord, parce qu’on  nous parle d’amitié.  Jésus avait des amis dont Lazare, Marthe et Marie. Et c’est important d’avoir des amis dans la vie. C’était important pour Jésus. Présentement, nos amis nous manquent. Nous pouvons leur parler par téléphone mais nous aimerions bien être physiquement avec eux pour une conversation, un souper ou un café. C’est tellement précieux l’amitié que nous serions souvent prêts à tout pour aider nos amis. C’est ce qu’a fait Jésus.  Jésus s’était éloigné de la Judée car, comme le rapportent les apôtres, on avait voulu le lapider.  Malgré tout, à l’annonce de la maladie de son ami Lazare, Jésus décide d’y retourner au risque de sa vie (Thomas dit bien : « Allons-y, nous aussi pour mourir avec lui! »).  Il a donc mis sa vie en jeu pour son ami et de fait, les pharisiens vont décider de le faire mourir suite à ce miracle. Mais Jésus a toujours décidé d’aller jusqu’au bout pour ses amis: « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Et nous comptons parmi ses amis.
 
J’aime aussi cet évangile car il nous présente un Jésus très humain…devant la peine de Marthe et de Marie inconsolables, devant la mort de son ami Lazare, Jésus a pleuré, il a été submergé par l’émotion…quoi de plus normal…de plus humain.  Qui n’a pas pleuré à la mort d’un être cher (un ami, sa mère, son père, un frère ou une sœur, un enfant, un grand-parent).  Mais dans le cas présent, les larmes qui coulent du visage de Jésus pour la mort de son ami Lazare sont aussi des larmes divines….des larmes sur le visage même de Dieu son Père.  Car Jésus n’a-t-il pas dit : «  Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. Car celui qui m’a vu a vu le Père. » (Jn 14 7-9)  Oui, le visage de Dieu le Père se couvre de larmes pour la mort de chacun de ses enfants, pour la mort de ses amis que nous sommes! Car il ne veut pas la mort des siens. Il veut pour nous la vie en plénitude, la vie éternelle. Il est le Dieu de la vie.
 
N’a-t-il pas toujours protégé le peuple qu’il avait choisi en lui étant fidèle et en désirant par amour qu’il soit bien vivant?  Le prophète Ézéchiel le proclamait comme en fait foi la première lecture: « Ainsi parle le Seigneur:« J’ouvrirai vos tombeaux. Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez. »
 
C’est le message que Jésus désirait transmettre à ses apôtres et à tous ceux qui l’entouraient. Voilà pourquoi il a pris son temps pour rejoindre Béthanie. Marthe et Marie ne se sont pas gênées pour le lui rappeler : « Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort! » Pourquoi as-tu pris tout ce temps? Une réaction bien normale de la part de Marthe et de Marie!  Mais justement, Jésus ne voulait pas faire un autre miracle de guérison en soulageant seulement son ami de la maladie.  Il désirait bien au contraire manifester « qu’il est la résurrection et la vie ».  Voilà pourquoi il est arrivé si tard à Béthanie, Lazare étant déjà décédé.  
 
Mais après avoir adressé une prière à son Père et ordonné à son ami de sortir,   Lazare est revenu à la vie…il n’est pas ressuscité car il va mourir de nouveau.  Mais ce miracle annonçait  la passion du Christ qui aura lieu dans quelques jours à peine. Lui-même va alors donner sa vie pour nous, pour vaincre la mort définitivement… Il va ressusciter et faire de nous des ressuscités.  Il va rejoindre le Père pour toujours et partager maintenant sa vie de ressuscité avec ceux et celles qui sont en communion avec Lui.  Comme Lazare, nous allons tous mourir un jour  mais la mort n’aura plus le dernier mot sur nous.
 
 Voilà la plus grande et la plus incroyable des nouvelles pour tout être humain. Comme le dit St Paul dans sa lettre : « l’Esprit de Dieu habite  en nous, l’Esprit même de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts et il donnera aussi vie à nos corps mortels » Cet esprit, c’est la vie du Christ ressuscité en nous. Le Christ avait bien dit à Marthe : « Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi même s’il meurt, vivra. » Et Marthe avait répondu : « Oui, Seigneur, je le crois : tu est le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. » Ainsi  croire au Christ, c’est lui ouvrir la porte de notre cœur pour que son Esprit, pour que la vie du Ressuscité habite déjà en nous!
 
Cet esprit nous aide comme croyants à vivre mais… avec un surcroit de vie qui nous fait sortir des petits tombeaux de chaque jour (des moments sombres, de désespoir, de solitude pesante, de mort). La présence du Christ ressuscité en nos vies fait rouler les pierres devant ces tombeaux pour nous en faire sortir.  Puis (avec l’aide de nos frères et de nos sœurs), il délie toutes les bandelettes qui nous empêchent d’être vraiment libres (nos peurs, nos angoisses, nos deuils, nos épreuves, nos déceptions, nos échecs, nos péchés) afin que nous puissions finalement aller de l’avant plein d’espérance.  
 
Actuellement, nous vivons en confinement, isolés les uns des autres comme dans des tombeaux. Notre Carême s’annonce plus long que prévu et nous jeûnons de pas être capables de serrer dans nos bras nos êtres chers mais Pâques viendra où nous  sortirons de ces tombeaux pour resplendir de vie et de liberté. Car comme Marthe, nous avons la foi. Comme elle, nous avons la certitude que le Christ est le Fils de Dieu, celui qui nous a sauvé de la mort éternelle. Voilà la source de notre espérance.  
 
À la mort de Lazare, des larmes ont coulé sur le visage du Christ et sur celui de Dieu le Père. Mais depuis la résurrection du Christ, des larmes coulent toujours sur son visage, mais elles sont maintenant des larmes de joie, celles d’un ami qui a eu peur de perdre ceux et celles qui lui étaient chers mais qui les a retrouvés pour les aimer éternellement. Amen