Homélie de Mgr Jodoin lors de la messe du 26 avril, 2020 (3e dimanche de Pâques)

Homélie de Mgr Daniel Jodoin lors de la messe du
3ième dimanche de Pâques A - le 26 avril 2020
En l’église Saint-Pierre-au-Liens de Caraquet

(Radiodiffusée sur les ondes de CKLE CJVA 94,1 fm
et en direct sur la page Facebook du Diocèse de Bathurst)

 
            Aujourd’hui, nous devrions remercier l’évangéliste Saint-Luc de nous avoir transmis ce récit des disciples d’Emmaüs, une des plus belles pages des Évangiles et une grande source de joie pour nous.  Car il y a 2000 ans sur le chemin conduisant à Emmaüs, une distance d’environ deux heures à pied, il y avait deux disciples…un certain Cléophas et un autre dont on ignore le nom. Car ce disciple sans nom, c’est maintenant chacun et chacune d’entre vous : le Christ est là qui chemine avec vous et vous réchauffe le cœur.
 
            Le psaume 83,6, un psaume de joie, le dit bien : « Bienheureux ceux et celles dont tu es la force, Seigneur : des chemins s'ouvrent dans leur coeur ! » (Ps 83,6)
 
            Oui, à tous ceux qui ont la foi, qui croient au Christ présent et vivant dans leur vie. Car celui qui est mort sur une croix pour nous, Il est maintenant ressuscité par la force de l’amour de Dieu. Il nous précède souvent sur la route de notre vie à l’occasion de nos moments de bonheur (une rencontre avec une personne aimée, la naissance d’un enfant, une graduation, un premier emploi, la venue de petits-enfants dans notre vie et bien d’autres moments marquants). On touche aussi à Dieu dans des instants de grâce lorsque l’on admire la beauté de la nature qui nous entoure ou devant l’immensité de l’Univers. Mais Il est bien là présent tout spécialement dans nos moments sombres même si parfois nous avons l’impression qu’il est absent, qu’il nous a abandonné comme lors d’une rupture amoureuse,  la perte de son emploi et l’insécurité financière qui s’ensuit, d’apprendre que nous sommes atteints d’une maladie incurable, la peur d’être atteint du covid-19, une tragédie comme celle qui vient de se produire en Nouvelle-Écosse… des familles ont alors perdu un être cher en se demandant à chaque jour : pourquoi ce massacre ? Pourquoi mon frère, ma sœur, mon voisin  ont été tués? Pourquoi tout ce mal qui s’acharne sur nous, sur notre famille, sur moi-même? Qu’est-ce que nous avons  fait à Dieu pour mériter cela?
 
            Les disciples d’Emmaüs étaient dans cet état d’esprit. Ils attendaient  un messie politique qui allait les libérer des  Romains, les oppresseurs. Ils avaient vu en Jésus ce messie. Ils l’avaient suivi. Puis, tout s’écroule. Le mal semble l’emporter. Pas de messie politique, que du sang, que la mort de Jésus sur une croix, celui en qui ils avaient mis toute leur confiance. Il n’y avait plus d’avenir. Ils étaient tristes, accablés car ils aimaient Jésus et s‘étaient sentis profondément aimés par Lui. Mais Dieu semblait absent dans leur souffrance. C’est alors que le Christ s’est joint à eux, au cœur de leur peine, de leur blessure, de  leur désespoir.  Il les a écoutés avec attention, avec tendresse. Puis, Il leur a parlé. Il leur a donné  de voir ce qu’ils vivaient, leur détresse, leur peine, ces évènements à la lumière de la Parole de Dieu. Il leur a ainsi partagé la vision de Dieu…et les voies de Dieu qui ne sont pas toujours les nôtres. Pourtant en l’écoutant, leurs cœurs sont devenus brûlants car en entendant celui qui les avait rejoints, ils ressentaient en eux cette force, cet amour que Jésus leur avait donné.
 
            Il se produit la même chose en nous aujourd’hui. Au milieu de nos souffrances, de nos interrogations, de notre nuit, lorsqu’on entend la Parole de Dieu, surgit alors une phrase, un élément qui vient nous toucher profondément et qui nous redonne espoir. On revoit alors les évènements vécus avec les yeux de Dieu. Et tout prend un autre sens. C’est alors que nous ressentons la présence de Dieu à nos côtés, un Dieu qui nous supporte, qui nous soutient et nous fait avancer droit devant.
 
            Lorsque les disciples d’Emmaüs ont ressenti la chaleur de l’amour en eux, ils ne voulaient plus être séparés de ce compagnon de route et l’ont alors invité à demeurer avec eux : « Reste avec nous car le soir approche et déjà le jour baisse. » Et vous savez, lorsqu’on se sent aimé par quelqu’un,  on désire demeurer en sa présence. C’est tout-à-fait normal. Puis,  à la fraction et à la bénédiction du pain, ils l’ont reconnu. Leurs yeux, les yeux de la foi, se sont ouverts à cette nouvelle présence du Christ au milieu d’eux, une présence bien réelle mais spirituelle. C’est ce que nous vivons comme chrétien à chacune de nos eucharisties. Le Christ est bien là présent dans sa Parole et lorsqu’il se donne à nous en nourriture par la bénédiction et la fraction du pain qui est son Corps brisé pour nous. Et c’est seulement avec les yeux de la foi, les yeux de l’amour que l’on reconnaît sa présence au milieu de nous.
 
            Finalement, après avoir rencontré le Christ ressuscité, les disciples d’Emmaüs ont changé de chemin. D’un chemin de tristesse et de découragement, ils ont rapidement fait demi-tour et repris le chemin vers Jérusalem en courant de joie pour annoncer aux autres la bonne nouvelle, pour témoigner auprès d’eux d’avoir rencontré le ressuscité. Avec la même fougue, l’apôtre Saint-Pierre fut aussi transformé après avoir rencontré le Christ ressuscité comme en témoignent les deux premières lectures. Il est passé d’une vie rongée par le remords du reniement et la peur à une vie publique où il témoigne ouvertement avec force et vigueur de la résurrection du Christ.  
 
            Ce matin, avec la force et la fougue de st Pierre et à la suite des disciples d’Emmaüs, repartons sur de nouveaux chemins en proclamant à nos frères et soeurs: « Oui, le Christ est vraiment ressuscité, il est avec moi par sa parole et par la fraction du pain à l’Eucharistie. Il est mon compagnon de route et Il partage ma vie.  Grâce à Lui, des chemins de joie et d’espérance s'ouvrent dans mon cœur, un cœur brûlant toujours de sa présence ».  Amen