Homélie de Mgr Jodoin lors de la messe du 22 mars, 2020 (4e dimanche du Carême, Année A)

Homélie de Monseigneur Daniel Jodoin lors de la messe du 22 mars 2020, 4ième Dimanche du Carême année A, en l’église Saint-Pierre-aux-Liens de Caraquet
(Qui a été diffusée sur les ondes de CKLE CJVA)

Quel réconfort et quelle joie d’entendre ce matin, en ces temps difficiles que nous vivons, ce beau psaume 22, « Le Seigneur est mon berger; rien ne saurait me manquer. » De tous les psaumes, c’est celui que je préfère comme d’ailleurs la majorité des chrétiens qu’ils soient catholiques, protestants ou orthodoxes.
Ce psaume était chanté par les premiers chrétiens lors de la veillée pascale et par tous les catéchumènes qui allaient alors vivre les sacrements de l’initiation chrétienne. Car ce psaume y fait référence :

  • Le Seigneur est mon berger. Il me mène vers les eaux tranquilles … c’est l’eau du Baptême,
  • Tu répands le parfum sur ma tête … c’est l’onction d’huile de la Confirmation,
  • Et tu prépares la table pour moi, ma coupe est débordante … c’est l’Eucharistie.

Oui, le Seigneur est au milieu de nous qui, comme un bon berger, nous accompagne pour nous guider, pour nous rassurer. Avec lui, nous ne craignons aucun mal même pas la mort. De plus, le Seigneur connaît nos besoins profonds et nous comble de ses dons avant même qu’on les lui ait demandés.

C’est exactement ce qui s’est passé avec l’aveugle de l’Évangile. Si vous remarquez, l’aveugle n’a fait aucune demande à Jésus et Jésus ne lui a pas demandé non plus s’il voulait être guéri. Mais Jésus a pris l’initiative. Il a mis de la boue sur ses yeux (ce qui rappelle la création de l’homme dans la Genèse avec la poussière du sol) puis il lui demanda un geste de sa part. Et de cette rencontre a jailli un monde nouveau, une renaissance pour cet aveugle. C’est aussi la même chose dans notre vie. Le Seigneur connaît nos besoins, il prend l’initiative de nous faire un don. C’est ensuite à nous de répondre positivement au don offert par Dieu par une parole ou par un geste. Et toute rencontre avec le Christ transforme à coup sûr notre vie et un monde nouveau s’ouvre à nous.
J’ai un jour visionné une vidéo assez spéciale que je n’ai jamais oubliée. C’était un jeune adolescent qui, depuis sa naissance, avait un problème de vision. Il ne pouvait absolument pas voir les couleurs. Tout était noir, blanc ou gris. Puis un jour, on lui a offert des lunettes conçues spécialement pour qu’il puisse voir les couleurs. Et dans la vidéo, on assiste au moment où il met pour la première fois ces lunettes spéciales. C’était incroyable de voir la surprise sur son visage. Il regardait autour de lui comme si c’était la première fois qu’il voyait tout ce qui l’entourait. Il découvrait un monde

nouveau, un monde coloré…des nouveaux visages. Puis submergé par l’émotion, il a fondu en larmes…mais c’étaient des larmes de joie. L’aveugle de naissance a sûrement eu la même réaction que cet adolescent en voyant pour la première fois… tout un monde s’ouvrait à lui, des nouvelles relations avec son entourage, une liberté de mouvement retrouvée, un statut social, en somme une nouvelle vie!

Mais le Seigneur lui a aussi fait un autre don…le don de la foi. Il va ainsi voir non pas seulement avec ses yeux de chair, mais aussi avec les yeux du coeur… Et ce don va se développer graduellement. Lorsqu’on l’interroge pour la première fois, il déclare voir Jésus comme simplement un homme qui l’a guéri…puis contesté, harcelé par les pharisiens (et même abandonné par ses parents), il va ensuite voir en Jésus un homme de Dieu, puis un prophète. Et devant les contestations encore plus rudes, il va même se ranger du côté de Jésus et être considéré comme son disciple. Finalement lors de la deuxième rencontre avec Jésus, il va le reconnaître comme le Fils de l’homme en disant : « Oui. Je te crois, Seigneur (tu est le Fils de l’homme) et il se prosterna! »

Avec le don de la foi, il voit maintenant Jésus, celui qui l’a guéri, le monde qui l’entoure et lui-même avec les yeux de Dieu. Et, vous savez, avec les yeux de Dieu, on ne voit plus nécessairement les mêmes choses. Dans la première lecture de Samuel, on en a la preuve. Dieu n’avait pas choisi comme roi un des 7 premiers enfants de Jessé comme attendu mais plutôt le tout dernier, le huitième, le petit berger David. Car Dieu ne regarde pas selon les apparences comme nous, il regarde le coeur.

Dans la deuxième lecture de ce matin, Saint-Paul rappelait à la communauté des Éphésiens et, bien sûr à nous aujourd’hui, que tout chrétien a déjà été comme cet aveugle de l’évangile. Dieu nous a aussi fait un jour le don de la foi et nous sommes alors passés des ténèbres à la lumière, de la non foi à la foi. Et grâce à notre baptême, nous sommes devenus des enfants de lumière. Nous avons donc maintenant en nous la lumière du Christ, qui est la lumière du monde. Une lumière qui a comme fruit la bonté, la justice et la vérité, vérité sur Dieu, sur le monde et sur nous-mêmes.

Puis, non seulement nous avons reçu la lumière du Christ en nous comme baptisés mais nous devons, comme le dit Saint-Paul, nous conduire en enfants de lumière. Devenir lumineux, rayonner de la lumière du Christ qui est en nous! Rayonner de sa présence en nos coeurs!

En ce temps du Carême, un Carême bien particulier, rendons grâce au Seigneur qui est venu vers nous, qui nous a fait le don de la foi et qui nous a ainsi conduit des ténèbres à sa lumière. Maintenant devenus des enfants de lumière, projetons sur tous ceux et celles qui nous entourent une lumière bienfaisante et divine de paix, d’amour et d’espérance…la lumière même du Christ, ce bon berger qui nous accompagne tous les jours de notre vie.

Amen