Homélie de Mgr Jodoin lors de la messe du 19 avril, 2020 (2e Dimanche de Pâques)

Homélie de Mgr Daniel Jodoin lors de la messe du
2ième dimanche de Pâques A 2020 le 19 avril 2020
En l’église Saint-Pierre-au-Liens de Caraquet
(Radiodiffusée sur les ondes de CKLE CJVA 94,1 fm
et en direct sur la page Facebook du Diocèse de Bathurst)

 
            Le premier jour de la semaine pour les juifs,  au soir de sa résurrection, le Christ  est apparu bien simplement, presque naturellement au milieu de ses apôtres en leur disant : « La paix soit avec vous! »  Il n’a pas dit : « Me voici ou  j’ai vaincu la mort ou je suis heureux de vous revoir » Non, il leur a dit : « La paix soit avec vous! »  Voilà le message le plus important qu’il voulait leur transmettre!
 
            Mais quelle est donc cette paix que le Christ voulait tant leur donner, car c’est un don qu’il leur a fait. Cette paix, ce n’est pas la paix qui règle les conflits ou les chicanes entre nous (une paix qui est horizontale). Ce n’est pas non plus une paix intérieure, dans notre coeur pour chasser nos peurs et nos craintes. Non!  La paix que le Christ veut leur donner est une paix verticale, vers le haut, une paix entre Dieu et nous, c’est-à-dire la grâce d’être en pleine communion avec Dieu son Père, un Dieu qui nous aime profondément, un Dieu en qui nous pouvons mettre toute notre confiance car il est toujours là avec nous dans nos moments de joies comme dans nos épreuves, nos souffrances, nos échecs et nos deuils. Un Dieu sur lequel nous pouvons toujours compter. Sainte Thérèse d’Avila disait : « Que rien ne vous trouble, que rien ne vous épouvante…car celui qui possède Dieu ne manque de rien.  Dieu seul suffit. »  Et c’est cette paix que le Christ nous donne : être en communion avec son Père.
 
            Cette paix, on nous l’avait déjà annoncée à Noël, à la naissance du Christ : le peuple juif attendait un Messie qui serait prince de la Paix; les anges dans le ciel avaient chanté aux bergers: « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime. »  Lors de sa vie publique, Jésus avait annoncé cette paix : entre autres à cette femme qui perdait son sang et qui l’avait touché pour être guérie et à cette autre qui lui avait versé du parfum sur ses pieds. Il leur avait dit : « Va en paix,  ta foi t’a sauvé…car tu es maintenant en communion avec Dieu ». Jésus avait aussi envoyé ses disciples deux par deux en mission dans des villages en leur disant : « Allez dans ces maisons leur porter la paix… ».  
 
            « Cette paix qu’il nous laisse, cette paix qu’il nous donne », nous la recevons à chacune de nos eucharisties lorsque le prêtre dit : « La paix soit avec vous » c’est-à-dire  ayez la paix de Dieu en vous, laissez-vous aimer par Lui, soyez en communion avec Lui, faites lui totalement confiance! 
 
Lorsqu’il est apparu à ses apôtres avec son corps blessé, meurtri, avec son côté, ses mains et ses pieds transpercés, ces derniers ont bien vu qu’il était bel et bien celui qu’ils avaient connu et aimé : celui qui les avait instruit, celui qui avait fait des miracles, leur maitre en qui ils avaient mis toute leur confiance. Ils l’ont vu mort sur une croix. Ils le voient maintenant bien vivant devant eux. Ils ont finalement eu raison de lui avoir fait confiance, d’avoir tout misé sur Lui.
 
            Car le Christ ressuscité est cet Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde et qui  nous donne la paix.  Mort sur une croix par amour, ayant versé son sang comme l’agneau pascal, Il a vaincu la mort, le mal et le péché, tout ce qui nous empêchait d’être en communion avec Dieu son Père
 
            Puis, le Christ a fait un geste au milieu d’eux: il leur a envoyé l’Esprit Saint, l’Esprit même de Dieu, un Esprit d’Amour pour que nous puissions dès maintenant nourrir notre relation avec Lui, offrir au monde cette paix de Dieu et combattre tout ce qui fait encore obstacle à notre communion avec Dieu, c’est-à-dire nos péchés. Voilà un geste de pardon, de miséricorde pour nous.
 
            Lors de cette première apparition du Christ, Thomas n’était pas là.  On pourrait dire qu’il avait manqué la messe! J’aime bien cet apôtre Thomas, sympathique, qui nous ressemble. Il était profondément attaché à Jésus. Il voulait le suivre même au péril de sa vie. Mais, il fut profondément déçu de la tournure des évènements, déçu de la mort de Jésus. Il avait mis tant d’espoir en Lui.  Maintenant, tout s’écroulait. Sa peine était trop grande. Il a voulu s’isoler des autres afin de vivre seul son deuil. Vous savez chacun vit un deuil différemment : certains ont besoin d’être entourés, d’autres d’être seuls. Thomas a choisi d’être seul. Mais en entendant ses amis lui dire ce qui s’était passé le dimanche précédent, il ne voulait rien manquer car il aimait profondément Jésus et ce qu’il entendait était trop beau pour être vrai. Étant une personne franche et honnête, il disait ce qu’il pensait. Il ne voulait pas faire semblant de croire. Il voulait des preuves. Car il ne souhaitait pas être déçu encore une fois et avoir trop mal.  Eh bien,  le dimanche suivant, il était bien là. 
 
            Ainsi lorsqu’Il est apparu au milieu de ses disciples, qu’a fait le Christ? Il s’est adressé directement et en tout premier lieu à Thomas. Fidèle à lui-même, le Christ a laissé de côté les 10 autres apôtres pour aller vers la brebis perdue qu’était Thomas, celui qui avait maintenant le plus besoin de Lui (ce que le Christ continue d’ailleurs de faire avec nous). Et devant le Christ meurtri, Thomas lui a dit «  Mon Seigneur et mon Dieu ».  Il n’a pas dit: « Tu es vraiment le Fils de Dieu, le Seigneur » Non, il lui a dit « Mon » Seigneur et « Mon » Dieu …Le « Mon » est très important car il exprime que Thomas croit!  Il n’a pas besoin de toucher les plaies. Le Christ est vraiment Seigneur et Dieu dans sa vie et dans son cœur. Il a une expérience de vie, une relation de foi avec Lui qui bouleverse tout, qui change son existence. Car la foi n’est pas de constater une vérité sur des preuves (ce n’est pas de la foi, c’est une constatation). La foi, c’est de se sentir aimé par le Christ, avoir une relation d’amour avec Lui et Lui faire totalement confiance.
 
            Comme Thomas, nous aussi nous « croyons » en Lui, Il est celui qui est venu parmi nous il y a 2000 ans nous apporter la paix de Dieu, nous mettre en relation avec son Père. Nous pouvons lui faire confiance. C’est ce que nous avons de plus précieux dans la vie.
 
            À notre baptême et à notre confirmation, nous avons reçu cet Esprit de Dieu qui fait maintenant de nous des témoins de sa présence vivante et agissante dans notre monde. Un Esprit qui nous envoie annoncer la Paix de Dieu qui nous a été donnée. Un Esprit qui nous appelle à être des artisans de paix auprès de nos frères et de nos sœurs et un Esprit qui produit en nous de nombreux fruits dont celui de la joie et de la paix…un autre paix celle-là…une paix intérieure qui dissipe nos craintes et nos peurs.   
 
            Au terme de notre célébration de ce matin, nous serons  prêts à entendre cet envoi: « Allez dans la paix du Christ! » C’est-à-dire : « Demeurez dans cette paix de Dieu que le Christ nous a donné dès le début de l’Église »  Une paix qui nous fera vivre toute la semaine.  Et dimanche prochain, nous serons de nouveau réunis en frères et sœurs, car pour rien au monde,  nous ne voudrons manquer le Christ ressuscité qui sera encore là au milieu de nous, pour nous et avec nous. Amen