Homélie de Mgr Jodoin lors de la messe du 17 mai, 2020 (6e dimanche de Pâques)

Homélie de Mgr Daniel Jodoin lors de la messe du
6ième dimanche de Pâques A – le 17 mai, 2020
En l’église Saint-Pierre-au-Liens de Caraquet

(Radiodiffusée sur les ondes de CKLE CJVA 94,1 fm
et en direct sur la page Facebook du Diocèse de Bathurst)

 

 
Comme évêque, et même lorsque j’étais curé, je rencontre beaucoup de mères et de grands-mères qui me confient ceci : « Vous savez ce qui me fait le plus de peine, c’est de voir que mes enfants ne vont pas à l’église. Ils ne pratiquent pas ou à peine un sur tous mes enfants. Je ne comprends pas. Et ce qui me fend le coeur, c’est de savoir que j’ai des petits-enfants qui ne sont même pas baptisés. Qu’est-ce que j’ai donc fait de mal monsieur le curé?  Je les ai pourtant bien élevés.  Ils ont reçu tous les sacrements. On les amenait à la messe tous les dimanches.  Et maintenant, plus rien! Est-ce qu’il y a quelque chose à faire? »
 
Je leur dis ceci : « C’est triste et très décevant mais ce n’est pas de votre faute. Vous n’avez pas à vous sentir coupable. Comme mère ou grand-mère, vous avez fait de votre mieux. Mais la foi est une décision personnelle. La foi est une histoire d’amour avec Dieu et on ne peut pas obliger quelqu’un à aimer et on ne peut pas aimer à sa place non plus. L’amour, c’est mystérieux, c’est personnel et ça suppose la liberté.  De plus, il ne faut pas sauter aux conclusions trop vite. Une personne peut vivre sa foi d’une autre façon qui nous est inconnue. On ne connaît pas ce que vit profondément une personne. Seul Dieu connaît véritablement son coeur. Mais oui, comme mère et grand-mère, vous pouvez faire quelque chose? » 
 
Saint Pierre nous fournit la réponse dans la deuxième lecture : « Honorez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ. Et soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous. Mais faites-le avec douceur et respect.» (1 Pierre 3, 14-16)  C’est-à-dire témoigner simplement de votre foi auprès des membres de votre famille, de vos enfants et de vos petits-enfants.  Manifester par toute votre vie ce que la foi vous apporte : à savoir l’amour du Christ qui habite votre coeur, la joie de savoir que vous n’êtes jamais seul (l’Esprit de Dieu est toujours avec vous) et l’espérance que votre vie ne se terminera pas dans un cimetière car le Christ fait de nous des ressuscités!  Le Christ n’a-t-il pas dit à ses disciples : « Que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu’en voyant vos bonnes actions, ce qui vous habite profondément, ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux. » (Mt 5,16)  Ce témoignage, faites-le en douceur et respect.  Car comme disait un sage : « Ne parlez que si on vous interroge, mais vivez de manière à ce qu’on vous interroge. »  Vivez votre foi par tout votre être et un jour, vos enfants et vos petits-enfants vous poseront des questions car ils vont désirer devenir comme vous, découvrir votre secret!
 
Mais quelle est cette lumière qui brille en nous, sinon la présence de l’amour en nous!  L’amour de Dieu le Père et du Christ. Le Seigneur a bien dit à ses disciples: « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole; mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui. » Croire, avoir la foi, c’est une grande histoire d’amour avec Dieu, une histoire d’amour qui nous transforme comme toutes les histoires d’amour d’ailleurs.  Voilà pourquoi, lors du dernier repas avant sa mort, Jésus donna ce message à ses apôtres : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. »
 
 « Si vous m’aimez »…le « si » est important car il souligne que l’amour appelle toujours la liberté. On ne peut pas forcer quelqu’un à aimer ou aimer à sa place. C’est à nous de décider librement. On peut le nier et refuser son amour. Mais Dieu, Lui de son côté, va quand même demeurer fidèle et continuer de nous aimer.
 
Puis, à la veille de sa mort, Jésus a demandé pour la première fois à ses apôtres de l’aimer.  Durant sa vie publique, Jésus a souvent demandé d’aimer : d’aimer Dieu son Père, d’aimer notre prochain, nos frères et nos sœurs. Mais ce soir-là, avant de quitter ses disciples, Il leur demande de l’aimer Lui car l’amour appelle la communion. Lorsqu’on aime, on veut toujours demeurer avec l’être aimé, ne jamais être séparé de lui.  Et le Christ sur le point de mourir ne veut pas non plus être séparé de ses apôtres (et de nous aujourd’hui). Il ne veut pas « nous laisser orphelins ».  Voilà pourquoi il nous promet de venir habiter notre cœur, d’être en nous, par l’Esprit Saint, l’Esprit de vérité, l’Esprit même de Dieu qu’il nous enverra du Père. L’amour, c’est ça, un intense désir de communion.
 
Puis Jésus ajouta: « Si vous m’aimez, vous garderez « mes » commandements. » Jésus ne se réfère pas ici aux 10 commandements de Dieu, à la Loi de Moïse.  Non, Il parle de « ses » commandements….et ses commandements, c’est sa vie, tout ce qu’il a été.  Ainsi garder ses commandements, c’est tout simplement devenir comme Lui par toute notre vie : une vie donnée à Dieu et aux autres, surtout à ceux qui en ont le plus besoin (les pauvres, les malades, les personnes rejetées, exploitées, les démunis, les Zachée et les samaritaines d’aujourd’hui).  Jésus n’a pas non plus dit à ses disciples : « Vous « devez » suivre mes commandements » Il leur a simplement dit; « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. » Car si on aime le Christ comme étant le Fils de Dieu, toujours vivant, Il viendra habiter en nous et son amour nous transformera comme l’amour transforme toute personne aimée qui désire devenir comme l’être aimé.  Et en devenant comme le Christ lui-même, garder ses commandements viendra de soi,  tout naturellement.
 
Bien sûr, c’est le projet de toute une vie. Difficile d’atteindre la perfection. On le devient petit à petit. Et l’Esprit de vérité est là pour nous redonner souffle si on est essoufflé à suivre le Christ. Un religieux a déjà dit: « Je ne suis pas encore le Christ et je ne le serai jamais mais j’ai en moi cette infinie possibilité de le devenir! »  Et nous avons du temps devant nous.  Car comme croyants, nous avons l’intime conviction que cet amour est éternel.  Le Christ nous conduit vers le Père source d’amour et de vie. La mort n’aura pas le dernier mot sur notre histoire d’amour. Car notre dernier repos sera dans la maison de Dieu le Père où le Christ nous prépare une place et non dans un cimetière. Voilà l’espérance qui nous fait vivre.
 
En ce dimanche, continuons d’aimer le Christ qui est au cœur de nos vies. Laissons cet amour nous transformer afin d’être fins prêts à rendre compte de l’espérance qui nous fait vivre à tous nos proches et à ces jeunes générations qui nous entourent et ce, avec douceur, respect et dans la  joie. Amen