Homélie de Mgr Jodoin lors de la Fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ - 14 juin 2020

Homélie de Mgr Daniel Jodoin lors de la messe
du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ
14 juin, 2020

En la cathédrale du Sacré-Coeur de Bathurst

Comme vous, durant la pandémie, j’étais en contact avec mes proches par l’internet et le téléphone. Une chance que nous avions ces moyens pour communiquer. Un jour, une de mes nièces, qui est aussi ma filleule, m’a fait parvenir des photos des premiers pains qu’elle avait réussis. Elle était fière. Mais elle n’était pas la seule. Il s’est passé un phénomène assez exceptionnel durant la pandémie : les épiceries ont connu une pénurie de farine et de levain. À un moment donné, on n’en trouvait plus dans les magasins. Les fournisseurs n’arrivent pas à remplir les commandes des commerçants. Pourquoi? Parce qu’on s’est mis à faire du pain en famille! Pour redécouvrir le plaisir d’en faire d’abord, pour sentir cette bonne odeur de bon pain chaud qui sort du four et ensuite pour en manger bien sûr. Il n’y a rien de meilleur. C’est un aliment de base dans pratiquement toutes les civilisations, chez tous les peuples, peu importe l’époque et le continent.

Et je sais qu’en Acadie, on a le tour de faire du bon pain de ménage. On s’y connaît. J’en ai jamais mangé de si bons qu’ici et j’en mangerais encore plus souvent tellement les acadiennes ont un savoir faire exceptionnel! (Je salue en passant Mme Lanteigne de Bas-Caraquet pour son bon pain!) Et dans les textes bibliques d’aujourd’hui, on nous parle justement de pain et aussi de vin, une boisson qui comme le pain est un élément de base pour les repas, en particulier autour de la Méditerranée et en Palestine où a vécu Jésus.
Il est important de bien manger, de bien se nourrir. Mais le Seigneur a rappelé aussi au peuple juif qui était en exil dans le désert que « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche de Seigneur. » Ainsi, le Seigneur a donné de la manne à son peuple pour combler sa faim. Mais cette nourriture ne se conservait pas et ils devaient aller en chercher à chaque jour. Ceci afin de bien leur montrer qu’ils ne devaient pas compter seulement sur eux-mêmes pour demeurer en vie. Ils devaient aussi à chaque jour s’en remettre à Dieu car l’être humain ne peut se suffire à lui-même. Il dépend de Dieu qui doit occuper une place de choix dans sa vie.

Comme le souligne l’Évangile d’aujourd’hui, les pères dans le désert ont mangé la nourriture que leur a donné le Seigneur mais ils ont connu un jour la mort, mais le Christ lui est « le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. » Voilà ce qui est merveilleux pour nous. Grâce au Christ qui se donne à nous en nourriture, nous allons vaincre la mort et vivre éternellement dans son amour et dans sa paix.

Durant la pandémie, le gouvernement a identifié des services essentiels comme celui d’aller à l’épicerie, à la pharmacie, etc. Mais aller à l’église n ‘était pas considéré comme un service essentiel et pourtant, c’est sans doute le service le plus essentiel! Car la nourriture fournie par l’épicerie nous permet de vivre un certain temps mais pas éternellement. La mort sera là un jour. Les médecins nous envoient à la pharmacie pour nous procurer des médicaments pour guérir de certaines maladies mais rien ne pourra nous guérir de la mort! Les scientifiques cherchent désespérément un vaccin pour nous guérir du Coronavirus, mais ils ne trouveront jamais de vaccin pour vaincre la mort non plus. Les écologistes peuvent prendre des mesures pour que la terre ne meure pas, mais la mort sera toujours là pour les êtres humains. Voilà des services essentiels mais pour une vie limitée….très courte dans les faits même si elle durait 100 ans. Le seul service essentiel qui peut vaincre la mort et nous donner la vie éternelle, c’est l’Eucharistie :
« Si vous ne manger pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas on sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle; et moi je le ressusciterai au dernier jour! » Voilà pourquoi pour nous, qui, avons la foi, célébrer l’eucharistie est si central et en être privé est difficile à accepter. Il est bien sûr important de croire au Christ et de venir à Lui mais le Seigneur nous demande aussi de communier à toute sa personne pour demeurer en Lui et Lui en nous, pour avoir en nous sa vie de ressuscité. Ce n’est pas optionnel dans notre vie de baptisés, c’est un aliment essentiel, la vraie nourriture. Cette période actuelle de pandémie oblige présentement plusieurs personnes à vivre une communion spirituelle, une situation qui creuse encore plus dans leurs coeurs ce désir d’une communion réelle au Corps et au Sang du Christ aussitôt que les conditions le permettront.

Car non seulement, communier au Corps et au Sang du Christ Lui permet de demeurer en nous et nous permet d’être en communion avec Lui, mais cette communion au Christ nous met en communion avec tous nos frères et soeurs dans la foi (peut importe le lieu, l’origine, la nationalité) comme le dit Saint Paul dans la deuxième lecture : « puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps…le Corps du Christ. » En communion avec nos frères et nos soeurs réunis à cette célébration et avec ceux et celles qui se trouvent à travers le monde, nous sommes également en relation, en communion avec ceux et celles qui ont déjà vaincu la mort et qui jouissent maintenant de la vie éternelle promise avec Dieu. Voilà une façon pour nous de demeurer unis avec nos êtres chers qui nous ont quittés.

En cette belle fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, rendons grâce au Christ qui, par son sacrifice sur la croix, a vaincu la mort et se donne maintenant à nous en nourriture pour faire de nous des ressuscités: « Car il est le pain vivant descendu du ciel : qui mange de ce pain vivra éternellement! » Un pain vivant qui nous permet d’être en communion avec nos frères et soeurs qui sont présentement avec nous et avec ceux et celles qui sont déjà auprès de Dieu. Amen