Homélie de Mgr Jodoin lors de l'office du 10 avril, 2020 (Vendredi saint)

Homélie de Monseigneur Daniel Jodoin
lors de l’office du 
Vendredi Saint A le 10 avril, 2020

 
 
            Nous venons d’entendre le récit de la Passion de notre Seigneur Jésus Christ. Et nous en sommes encore tout bouleversés. Car à chaque fois, nous communions aux souffrances du Christ sur la croix, mort pour nous par amour mais aussi, nous nous identifions à Lui. Fils de Dieu, il est devenu vraiment l’un des nôtres à part entière, un frère qui a partagé notre condition humaine, nos joies et nos souffrances.
 
            Cette année, sans doute puisque que nous sommes tous confinés depuis déjà un certain temps, un élément de la Passion du Christ m’a frappé plus particulièrement : la solitude du Christ à sa mort. Le Christ s’est retrouvé pratiquement seul au moment de mourir.
 
            Les foules qui l’avaient acclamé, il y a à peine quelques jours, n’étaient plus là. Elles se sont même retournées contre lui en lui préférant Barabbas et en criant de le crucifier. Les disciples qui l’avaient écouté, qui l’avaient suivi durant son ministère public, n’étaient plus là non plus.
 
            Même ses apôtres, ceux-là même qu’il avait choisis, qui avaient partagé son intimité, qui avaient mangé la Pâque avec lui la veille ; même Pierre qui lui avait assuré de son soutien indéfectible…ils n’étaient plus là et Pierre l’avait renié trois fois.
            Seuls à quelques distances se trouvaient sa mère, sa tante Marie, Marie Madeleine et l’apôtre Jean. Tous les autres avaient disparu.  Tout le contraire de ce que Jésus avait été durant sa vie publique. Il a toujours cherché à tisser des relations, des liens forts, avec ceux et celles qu’il a rencontrés : les foules, les malades, Zachée, la samaritaine, la femme qui perdait son sang pour ne nommer que ceux-là.  Il voulait nous mettre relation, en communion avec Dieu son Père et entre nous, qui sommes des frères et des sœurs, juifs ou étrangers, riches ou pauvres, saints ou pécheurs. Mais voilà qu’il meure sur une croix pratiquement, abandonné de tous…
 
            Voilà une grande souffrance.  Cet été, j’ai accompagné jusqu’à son dernier souffle ma mère qui nous a quitté. Et je sais l’importance des derniers moments auprès d’un proche afin de pouvoir lui parler, l’écouter, le soulager, lui tenir la main. Des moments précieux pour ceux qui restent, des moments précieux pour celui ou celle qui nous quitte.  Je sais aussi la peine et le désarroi de beaucoup de familles présentement qui ne peuvent à cause de la pandémie accompagner leur proche qui vit ses derniers moments à cause du virus ou d’une autre maladie.  C’est une grande douleur.  Mais sachez qu’ils ne sont pas seuls. 
 
            Car le Christ sur la croix n’était pas seul. Dieu son Père était là auprès de lui pour le combler de son amour. Ce même Dieu est aussi auprès de vos proches pour leur tenir la main. Dieu ne nous abandonne jamais. Il entend le cri des pauvres et la souffrance des malheureux. Il voit les bras de ses enfants tournés vers lui pour être secourus et il se penche vers eux pour les sauver. Dieu est toujours au cœur de nos joies comme de nos souffrances et il nous comble bien au-delà de notre espérance.   
 
            Le Christ semblait seul sur la croix. Mais bien au contraire, Dieu le père était avec lui pour le combler de son amour afin qu’il puisse vaincre la mort et nous donner la vie qui ne meure plus. Amen.